Témoignages « sur le chemin du deuil »

Pierre-Alainseptembre 2018

Mon épouse est décédée à fin 2017, d’une tumeur au cerveau découverte onze mois plus tôt.  Lors de son décès, bien que j’aie eu le temps de m’y préparer, j’ai ressenti un immense choc, un grand vide et une tristesse infinie. Quarante-sept ans de mariage, d’amour, de complicité, de tendresse …  et d’un coup plus rien ! Elle avait une personnalité rayonnante et généreuse, et avait fait beaucoup de bien autour d’elle toute sa vie.

Le deuil, c’est faire l’expérience d’une grande solitude. Même si j’étais bien entouré, surtout dans les premières semaines après la cérémonie, je me suis rendu compte que l’écoute et la compassion s’estompent assez rapidement, même auprès de la famille et des amis. Les gens ne sont pas dans la situation du deuil, ils sont sur une autre longueur d’onde. Surtout que de la part d’un homme, la société attend qu’il soit fort, qu’il ne montre pas ses émotions, qu’il aille de l’avant. Mais moi j’avais besoin de pouvoir partager mon immense douleur …

Je me suis donc orienté vers Espace Proches. Dès le premier contact, chaleureux et tout en douceur, j’ai senti que la démarche proposée allait me convenir. Les huit étapes ont chacune un sens précis, et abordent de nombreux aspects du deuil, auxquels on ne pense pas de prime abord. Les réunions étaient conduites par deux animatrices très compétentes et empathiques. Bien que le groupe ait été composé de personnes de plusieurs générations, qui vivaient des deuils différents, la « communion » bienveillante s’est faite spontanément du fait de notre situation commune. Certains exercices m’ont évidemment fait remonter de profondes émotions … je pouvais les vivre et les partager sans gêne, sans avoir l’impression d’être jugé. Les réunions se sont déroulées dans une ambiance de grande sérénité, d’écoute mutuelle, de respect et de discrétion. Dans la phase initiale de mon  deuil, elles m’ont rappelé la nécessité de prendre soin de soi, et de ne pas vouloir précipiter les étapes de la guérison. A travers les approches symboliques qui nous étaient proposées, et les documents remis, j’ai été amené à entamer de nombreuses réflexions sur le sens de la vie et de la mort. J’ai réalisé la chance que j’avais eue de pouvoir vivre tant d’années d’amour auprès d’une personne magnifique, et que cela c’était déjà un grand don de Dieu. Enfin, j’ai pu prendre conscience des ressources qui sont en moi, pour la recherche d’une nouvelle orientation à donner à ma vie et à ma spiritualité.

Les réunions du groupe de deuil d’Espace Proches m’ont apporté un précieux soutien psychologique et moral.  Je remercie toutes les participantes que j’ai rencontrées de leur écoute et de leur présence bienveillantes.

Un grand « merci » aux deux animatrices, pour la chaleur humaine avec laquelle vous nous avez fait vivre ce parcours, pour votre soutien et votre gentillesse.

Joannajuillet 2018

Le suicide de ma mère a été une des pires épreuves de ma vie. Je pensais que je ne me remettrais jamais de ce choc. Heureusement, le groupe de soutien m’a offert un endroit pour exprimer et partager ce que je vivais au quotidien que je ne pouvais partager nul part ailleurs. Les thèmes proposés et les activités créatives m’ont aidée à réfléchir et comprendre ce qui se passait en moi. Au fil des séances, j’ai compris que le deuil est un cheminement personnel mais que le groupe de soutien était un lieu où je me sentais en sécurité pour en parler et me sentir moins seule. Échanger avec les autres membres du groupe qui avaient parcouru déjà plus de chemin m’a donné la confiance que je pouvais retrouver le soleil au bout du tunnel. Petit à petit, je suis revenue à la vie et je peux aller de l’avant tout en gardant dans mon cœur ma maman.

Merci aux deux animatrices pour leur soutien, leur écoute et leur gentillesse sur le chemin du deuil.

Une participanteavril 2018

Espace Proches aide les personnes touchées par le deuil à trouver en elles les ressources et la force pour alléger la douleur. On y trouve l’écoute, la disponibilité tout en respectant nos silences. Les contacts et les échanges sont nécessaires pour traverser cette période de deuil, aussi Espace Proches anime un groupe de paroles. C’est un lieu de rencontres où les échanges sur la vie et la mort cohabitent de manière naturelle. Pas de jugement, mais écoute et respect de l’autre, un lieu où l’on accepte la faiblesse de chacun. Merci pour votre écoute !

Béatrice – novembre 2016

« Ma maman est tombée gravement malade alors que je venais de donner naissance à mon deuxième enfant. J’ai passé les quelques mois suivant ces événements dans une sorte de léthargie profonde au cours de laquelle je semblais vivre dans du coton avec juste le bruit assourdissant du quotidien autour de moi. Puis les mois ont passé et la vie a repris le dessus. J’avais l’impression de gérer – les enfants, le travail et l’accompagnement à distance de ma maman. Mais un jour je me suis retrouvée seule au travail, sans mes collègues, sans sollicitations constantes et je me suis écroulée. J’ai appelé la ligue vaudoise contre le cancer en espérant de l’aide et ce sont eux qui m’ont aiguillé vers Espace Proches.

J’ai rencontré une des collaboratrices en entretien individuel et je me suis enfin sentie comprise. Tout ce qu’elle me disait m’allait droit au coeur, ses mots étaient justes et parlants. J’ai senti que j’avais le droit de craquer, moi aussi, même si je n’étais pas la personne malade, mais son accompagnante. Ma maman est décédée quelques semaines avant la naissance de mon troisième enfant. J’ai appelé cette personne une deuxième fois après cela et là aussi les bienfaits de ses paroles ont été immédiats. Elle m’a parlé des réunions de groupe du jeudi soir et j’étais dubitative – déjà, comment insérer cela dans mon quotidien ? Et surtout je ne voulais pas m’ouvrir devant des inconnus. Ma peine était trop personnelle. Et j’avais peur d’un aspect voyeuriste, voire de prendre la tristesse des autres sur moi, alors que j’avais déjà du mal à gérer la mienne.

Aujourd’hui, à l’issue de ces 8 séances, je ne peux que réviser mes appréhensions. Dès la première réunion je suis tombée dans un cocon doux et bienveillant. C’est vite devenu un moment « pour moi » où je pouvais parler librement de ma peine à des personnes qui me comprenaient sans me juger, qui m’accompagnaient doucement et avec chaleur. Les exercices proposés me faisaient avancer de plusieurs pas à chaque fois et je garde mes travaux bien précieusement pour retracer le chemin parcouru. Les autres participantes étaient elles aussi d’une gentillesse et d’une douceur incroyable. J’ai vraiment aimé les avoir autour de moi, comme une famille dans la peine. Plusieurs générations se mélangeaient ainsi que des deuils très différents, mais un dénominateur commun nous avait amené ici et nous réunissait.

Et bien entendu je ne remercierais jamais assez nos accompagnantes qui nous prenaient par la main là où nous étions, sans jamais forcer, tout en douceur et en confiance.

Je souhaite à toutes les personnes traversant un deuil de s’ouvrir à l’Espace Proches et de s’y laisser aider et guider. »

Anat – octobre 2016

En rentrant le soir après ma dernière étape « sur le chemin du deuil », je suis « tombée » sur cette phrase d’Oscar Wilde :

« Vivre est la chose la plus rare au monde. La plupart des gens se contentent d’exister » .

Cela m’a paru un merveilleux clin d’oeil en lien avec tout ce qui avait été évoqué, discuté, partagé, esquissé tout au long de la rencontre et surtout, je me disais que ce chemin de deuil est vraiment un accompagnement à la vie, à vivre, à retrouver et goûter pleinement les saveurs et l’intensité de la vie.

Je vous remercie de tout mon coeur pour votre accompagnement, votre écoute et votre présence, soutenants et tellement bienfaisants.

La formule de ce chemin est précieuse et je vous souhaite de continuer à l’offrir et à la vivre, avec autant d’enthousiasme et de chaleur que j’ai pu ressentir tout au long du parcours.

Monique – juillet 2016

J’ai perdu mon mari il y a 5 mois. Cela a été un tsunami.
Nous étions complémentaires et on ne pouvait pas vivre l’un sans l’autre.
Je connaissais l’issue de sa maladie. Je refusais « le deuil blanc », le mot deuil était insupportable.
Me retrouver seule, sans lui, je voulais mourir. J’ai eu de grosses crises d’angoisse et de panique.
J’avais besoin d’aide. J’ai pris contact avec Espace Proches.

Le premier rendez-vous a été chaleureux. Tout de suite on m’a proposé des ateliers qui favorisent la traversée du deuil, tous les 15 jours, à 18h30. Je me suis inscrite.
La première fois, j’étais paniquée, je n’osais pas sortir de chez moi sans médicament. Je ne pouvais pas parler de mon mari, ni prononcer son nom. J’avais l’impression de ne plus pouvoir respirer.
Il y a les animatrices calmes, rassurantes, à l’écoute et mes compagnes de chagrin.
Petit à petit, je sentais que ces ateliers étaient importants pour moi, je n’étais plus seule.
J’ai appris beaucoup de choses sur moi et sur les autres.
Chaque atelier a un thème différent et chaque fois on avance !
Il y a de la méditation, respiration, contact, trouver des ressources, créer des liens, le ressenti au présent et comment on voit son avenir et d’autres thèmes tout aussi intéressants. C’est un parcours enrichissant.

Maintenant j’ai retrouvé le sourire, je peux parler de mon mari avec émotion et tendresse.
Il faut que je le laisse partir !

Saint Augustin a écrit « les morts ne sont pas absents, ils sont invisibles ».

Il y a une chose que j’ai aussi apprise, c’est porter attention aux autres. Je ne suis pas le centre de la terre et j’aimerais tellement que mon mari soit fier de moi.
C’est son chemin que je dois suivre et réapprendre à vivre.

Je remercie sincèrement les animatrices de l’Espace Proches, Mesdames, vous êtes indispensables.
Je remercie également mes compagnes de chagrin qui m’ont fait retrouver le sourire.

Une dernière citation, Truman Capote a écrit :
« Le bonheur ne laisse que des traces si ténues, seules les journées sombres vous marquent en profondeur. »
J’aimerais retrouver ces traces de bonheur.   

 

Aline – septembre 2015

« Espace Proches… c’est un lieu où je me suis sentie libre. Sans jugement… avoir la liberté de déposer, d’exprimer, de laisser vivre le poids que peut être le deuil.
C’est un lieu de partage et de rencontre où j’avais un moment pour prendre soin de moi.
C’est un endroit où j’ai appris à me « cocoler » et à être patiente avec moi. »

 

Patrick 

« Voyage en ballon »

Aujourd’hui, je franchis le pas. Je monte dans la nacelle de mes souvenirs pour y amener un nouveau regard. Je quitte le lourd, je quitte le pesant, pour un instant, une heure, un jour. Je m’autorise à visiter mon deuil avec l’envie d’un nouveau sens.

Cette mort que j’ai enfermée avec moi, comme faisant partie de moi, je veux la regarder d’en-haut, sans direction donnée sauf celle du vent. Je veux lui donner la place, toute la place, pas uniquement la représentation que je m’en suis faite au moment où on s’est rencontré.

Les années ont passé, j’ai fait du chemin, elle aussi. Je veux lui redonner ses couleurs, je la voyais en noir et blanc. Je monte donc dans cette corbeille. J’ai choisi la couleur de mon ballon, le rouge. Ainsi, c’est comme si le ciel allait mettre un nez de clown. Comme un nez, je vais pouvoir sentir, explorer, découvrir, voyager, humer, percevoir, imaginer. Comme un nez, je vais devoir accepter, accueillir, respirer, sans pouvoir fuir. Le ciel décide de la direction de son regard, et à l’aveugle, je me laisserai guider par le mien. Un regard éthéré, un regard allégé, un regard aérien. Ça y est, je décolle. Une question d’air chaud.

La mort m’avait fait froid dans le corps. Aujourd’hui, je vais la réchauffer avec mon brûleur, revisiter mes souvenirs avec chaleur et douceur, et constater qu’en lui apportant ma flamme du jour, on monte ensemble.

Ça y est, on décolle! Pas facile à manier, pas facile à apprivoiser quand on porte encore les stigmates de la peur et de la douleur.

Le temps est favorable, aucune tempête annoncée, l’horizon est calme et dégagé. Par ce temps suspendu, je vais libérer cette mort que j’avais contenue, emprisonnée, identifiée comme un boulet accroché à mes chevilles.

Ce matin, les champs de blé ressemblent à une chevelure d’or au lever du soleil. La terre ressemble à un magnifique patchwork coloré, les champs à des pièces de tissus assemblés, les villages à des motifs imprimés, les routes sont les coutures, les voitures le fil visible qui devient vite invisible.

Je deviens le regard de la vie au travers de la mort. Plus je m’élève, moins je distingue les détails. Des détails qui avaient leur importance semblent laisser la place à d’autres choses, quelque chose de plus grand, comme une larme noyée dans un océan. La mer de larmes versées devient le miroir d’un lac prisonnier entre deux majestueuses montagnes, véritable aujourd’hui vu du ciel.

Hier, je me noyais, aujourd’hui je vole.

Hier, j’apprenais à nager, aujourd’hui je m’envole dans le ballon de mes souvenirs. Le vent dirige mon voyage. J’ai lâché la terre, le ciel m’a pris. Le vrai lâcher-prise.

Il me reste une action possible, celle de monter ou de descendre, sachant que je vais rencontrer des courants d’airs chauds ou froids. Mon brûleur fonctionne bien. J’ai appris pendant ces longues années à le faire fonctionner avec peu, avec mon essentiel, avec mon nez sans ciel. Comme un radar, je me suis laissé porter par la vie, je n’avais plus de prise. Quand le sol semblait se dérober, mon brûleur se mettait à fonctionner pour juste m’élever de quelques mètres et ne pas me précipiter dans la fissure de ma douleur.

La mort m’apprend à contempler.

Elle me force à regarder l’ensemble plutôt que le détail. Elle m’apprend à revisiter mes bouts de tissus comme autant d’épisodes de ma vie et à prendre conscience de l’ouvrage et de sa beauté. C’est étrange comme je me sens bien suspendu dans le silence, aveugle de mes réparations, émerveillé par le résultat de tous mes deuils cousus ensemble, et dont, j’avoue ce matin, le résultat vu du ciel est fantastique.

Bien sûr, je vais redescendre. Bien-sûr, je vais vivre encore d’autres expériences, mais j’aurai eu un aperçu de mon travail, un aperçu de tout ce que j’ai fait et ferai encore pour prendre soin de cette œuvre d’art qu’est ma vie. Et la vie n’est pas finie.

Il y aura d’autres morts, d’autres bouts de tissus, d’autres larmes…, mais le fil est solide et le voyage en ballon magique puisque j’y ai entre-aperçu une partie de l’habit de Dieu, celui que j’assemble pour lui, sous sa direction, comme une couturier du ciel. Sacré clown que ce Dieu qui m’oblige à coudre jour et nuit, sans machine à timbrer et sans machine à coudre, sans Singer. C’est le travail de deuil pour le retrouver, Lui, le sourire. Car Dieu est avant tout un sourire.

Aujourd’hui, je lui ai mis un nez et ça nous a fait rire. Aujourd’hui, je me suis autorisé à rire d’une chose qu’hier m’attristait. J’ai peint ma douleur en l’accueillant dans mon cœur, et comme une bulle de champagne, lui ai donné un nouveau souffle, une bouée d’oxygène, une petite ivresse nécessaire à relativiser, nécessaire pour continuer. Mon brûleur a fait le reste pour me permettre de réchauffer la mort et de voir la vie comme un voyage en ballon. Aujourd’hui, je vais m’offrir un ballon de rouge, un autre, celui de nos vignes pour fêter l’instant présent et la richesse de nos terres et de nos échanges.

Merci aux animatrices, Merci à chacune des personnes du groupe, voyager avec vous est un cadeau !